Semiosis

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Qu'est-ce que la sémiosis ?

C'est un processus qui se déroule dans l'esprit de l'interprète ;

  • il débute avec la perception du signe
  • et se termine avec la présence à son esprit de l'objet du signe.

La base de notre modélisation consiste dans l'idée selon laquelle une partie de la "molécule phénoménologique" de l'objet se retrouve dans la "molécule" du signe et que c'est en cela que consiste leur connexion.

  • Cela peut être une très petite partie de la forme de l'objet qui est ainsi communiqué, une partie qui peut être réduite à une seule qualité de sentiment (c'est le cas par exemple d'une tâche de peinture accidentelle sur un vêtement dont on se demande de quel objet elle peut provenir).
  • Au terme du processus d'interprétation c'est un objet nettement plus complexe qui est présent à l'esprit; sa "molécule" incorpore la partie qui a été communiquée.

Le processus de la signification consiste alors à reconstituer la molécule de l'objet qui est (ou a été) connectée à celle du signe à partir de l'un de ses fragments. Il s'agit d'une sorte d'enquête dont nous sommes le plus souvent inconscients dans la vie quotidienne car sa répétition à tout instant a créé en nous des habitudes d'interprétation quasiment instantanées.

Ce processus ne peut être qu'inférentiel puisqu'il s'agit de déterminer un tout au moyen de l'une de ses parties. Il sera aussi contextuel puisque les circonstances de l'interprétation et de la production qui sont le plus souvent connues agissent comme autant de guides pour arriver plus rapidement à la conclusion.

Qu'est-ce qu'une inférence ?

Une inférence est un acte de pensée qui met en oeuvre un argument. C'est donc une opération de l'esprit par laquelle on admet qu'un nouveau symbole dicent représente un objet en vertu de sa relation avec d'autres symboles dicents connus qui représentent ce même objet.

Dans sa définition classique, l'inférence est une opération logique portant sur des propositions tenues pour vraies (les prémisses) et concluant à la vérité d'une nouvelle proposition en vertu de sa liaison avec les premières. C'est pourquoi l'inférence est souvent réduite à la déduction nécessaire dans lequel la vérité des prémisses assure totalement la vérité de la conclusion.

Cependant la pensée n'opère pas sur des propositions mais sur des signes. On est donc conduits, pour rendre compte de la sémiosis, à élargir la notion d'inférence à des opérations portant sur des symboles dicents (des quasi-propositions) et à remplacer la notion de vérité d'une proposition par celle de réalité d'une représentation pour un interprète particulier. Cette conception de l'inférence ouvre le champ à la description des opérations réellement effectuées dans la vie quotidienne et libère des contraintes imposées par le point de vue qui s'en tient uniquement à la production de vérités universelles, c'est à dire aux arguments valides. C'est ainsi que l'acte de poser une hypothèse qui consiste à tenir pour vraie, au moins provisoirement, une proposition n'entretenant aucun lien logique nécessaire avec les prémisses aura droit de cité dans cette perspective. On l'observe en effet dans toute activité de recherche dont elle constitue la part d'invention possible. Cela nous conduira à distinguer trois types d'inférence : la déduction, l'induction et l'abduction.

Qu'est-ce qu'un argument déductif ?

C'est un type d'argument dans lequel la loi prescrit la coexistence absolue des prémisses et de la conclusion en garantissant que cette dernière est représentée dans les prémisses. C'est un signe qui dicte son objet à tout interprétant

Nous avons étudié précédemment un exemple d'argument déductif (le panneau routier "Attention au feu"). Il représente la certitude absolue de communiquer le feu à la forêt avec tout objet inflammable. Tout interprétant est contraint d'adopter cette conclusion, y compris le pyromane qui, déjà sollicité par les images des flammes, s'en trouvera conforté dans ses noirs desseins !

Empruntons un autre exemple à Peirce. Les prémisses sont les suivantes :

  • Tous les haricots de ce sac sont blancs
  • Ces haricots proviennent de ce sac

et la conclusion est évidemment (façon d'exprimer la certitude absolue)

  • Ces haricots sont blancs.

Ce cas comme le précédent est un argument déductif nécessaire. On distingue aussi la déduction probable dans laquelle la conclusion n'est pas certaine mais dans laquelle on est assurés que si la situation représentée par les prémisses se renouvelait un grand nombre de fois, la proportion des cas dans lesquels prémisses et conclusion coexisteraient se rapprocherait d'une fréquence déterminée. C'est par exemple le raisonnement que peut faire un commerçant qui en s'installant dans un quartier dans lequel 60 % de la population a un revenu minimum constitue son stock avec 60 % d'articles de bas de gamme.

Les mathématiques et les modèles hypotético-déductifs n'admettent que la déduction nécessaire ; la statistique est le domaine privilégié de la déduction probable.

Qu'est-ce qu'un argument inductif ?

C'est un type d'argument dans lequel la loi prescrit la coexistence probable des prémisses et de la conclusion en garantissant que cette dernière est plausiblement représentée dans les prémisses. C'est un signe qui recommande son objet à tout interprétant.

Empruntons encore à Peirce l'exemple suivant :

Prémisses :

  • Ces haricots proviennent de ce sac
  • Ces haricots sont blancs

Conclusion :

  • Tous les haricots de ce sac sont blancs.

Les prémisses garantissent qu'une partie du sac est représentée par un symbole dicent sous le rapport de la couleur de ses constituants ce qui est aussi implicitement affirmé dans la conclusion qui énonce la même chose pour le tout. C'est en ce sens qu'on dit que la conclusion est représentée dans les prémisses. La plausibilité consiste à admettre que toute poignée qu'on pourrait tirer de ce cas jusqu'à épuisement des haricots ne contiendrait que des haricots blancs. L'argument par induction est donc une prédiction générale selon laquelle un symbole dicent continuera à représenter un fait si les circonstances de sa production sont identiques (ce que l'on exprime en matière scientifique par l'expression : "toutes choses égales d'ailleurs").

Il est clair que la mise en oeuvre de ce type d'argument ne fournit aucune assurance quant à ce qui se produira réellement dans l'avenir et que la personne ou la communauté qui l'utilise ne le retient (c'est à dire n'accepte son objet) que pour autant qu'il n'est pas infirmé par un fait. Il est clair aussi que cette acceptabilité est liée à la nature des objets représentés dans les prémisses (taille et mode de constitution des échantillons, caractéristiques des populations étudiées, etc...)

Le lecteur trouvera dans le livre de J. Chenu (1984) une discussion approfondie sur l'induction, les différents types d'induction ainsi que sur l'abduction et la déduction.

Qu'est-ce qu'un argument abductif ?

C'est un type d'argument dans lequel la loi prescrit la coexistence possible des prémisses et de la conclusion en garantissant que cette dernière est potentiellement représentée dans les prémisses. C'est un signe qui suggère son objet à tout interprétant.

Prémisses :

  • Tous les haricots de ce sac sont blancs
  • Ces haricots sont blancs

conclusion :

  • Ces haricots proviennent de ce sac.

On voit que dans cet exemple les prémisses ne garantissent rien bien que la conclusion soit affirmée. A première vue aucune raison logique ne soutient cet argument (il n'est pas fondé en raison) ; d'autres conclusions sont possibles. Cependant il est quand-même fondé par le fait que ces autres conclusions seraient, si l'on peut dire, encore moins fondées car leur possibilité ne serait pas vraiment assurée dans les prémisses. S'il y avait par exemple d'autres sacs sur la composition desquels on ne connait rien, il serait encore moins fondé de dire que les haricots proviennent de l'un de ces sacs. L'abductif consiste donc à prescrire la seule hypothèse raisonnable compte tenu de ce que l'on sait grâce aux prémisses et de la nécessité d'énoncer une conclusion dans des circonstances problématiques.

L'argument abductif est évidemment faible mais peut être parfaitement valide, ce qui le situe dans la théorie de l'inférence et non dans la psychologie. Ce n'est pas une idée qui germe aléatoirement dans un esprit mais une opération de l'esprit qui met raisonnablement sinon rationnellement une règle ou une loi au-dessus d'un fait. L'argument abductif est donc de l'ordre de l'invention, de la création autocontrôlée de connaissances nouvelles. C'est par lui que s'effectuent tous les progrés et c'est lui que l'on trouve à l'origine de tout savoir nouveau. Bien entendu il peut être validé parinduction (vérifications expérimentales par exemple) au travers de ses conséquences nécessaires obtenues par déduction.

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